Dans la peau de Cyrano, Théâtre Le Lucernaire, un clin d'oeil à Qui Veut Le Programme ?

  • Seul en scène

24-01-2019 par Brigitte Gornet

Comment apprendre grâce au théâtre ? Dans une sorte de mise en abyme, Nicolas Devort semble faire un signe à Qui veut le programme ? en interprétant un enseignant qui se sert du théâtre pour donner à ses élèves des moyens de mieux se connaître et d’assumer leur différence. Au Théâtre Le Lucernaire (Paris 6e) jusqu'au 17 mars. A voir en famille et/ou avec sa classe. (Les mardis en anglais !)

Quel enfant ne s’est pas senti différent ? Comment vivre cette différence quand on est au collège, lieu par excellence des moqueries envers celui qui n’est pas comme tout le monde ? Nous avons tous au moins une fois rencontré un enseignant qui savait reconnaître les malaises, les difficultés, les complexes de ses élèves et qui, avec tact et justesse, parvenait à les aider, à les surmonter et à les assumer.
Dans la peau de Cyrano est un spectacle qui parle de l’adolescence quand elle est douloureuse, de la difficulté à parler, à dire son mal-être - surtout quand on bégaie ! -  et d’une belle rencontre, celle d’un certain Colin, élève de collège, avec un professeur de théâtre dont le but est d’aider les adolescents, par le jeu dramatique, à grandir et devenir autonomes. 

Colin bégaie depuis que son papa est mort. Il fait sa rentrée dans un nouveau collège. Au premier cours, on demande aux élèves de se présenter et bien sûr, c’est pour Colin, une épreuve terrible. Mais un professeur l’encourage à intégrer son cours de théâtre, à jouer, à s’exprimer malgré son handicap et avec beaucoup de bienveillance, de pédagogie et d’habileté, il l’accompagne vers la découverte de ses propres dons, ce qui lui donne le courage d’assumer son bégaiement et de le dépasser. Le théâtre n’est pas le seul médium qui permet à Colin d’avancer, le sentiment amoureux qu’il éprouve dès le premier cours pour Adélaïde, est aussi la raison du courage dont il sera capable pour surmonter son complexe. Cyrano est son modèle, lui qui a su si bien parler d’amour à Roxane en se cachant derrière Christian ! Colin saura aussi dire son amour à Adélaïde … en chantant les chansons écrites pour elle et en interprétant Cyrano dans la scène du balcon alors qu’elle même interprète Roxane.   

Un seul en scène pour faire vivre devant nos yeux une galerie de personnages : un Colin introverti, maladroit, qui a toujours l’air de s’excuser d’exister, une Adélaïde pleine de vie, très jeune ado maniérée mais attentive aux réactions des autres et particulièrement de ce Colin qui a tant de mal à parler mais qui écrit de si belles chansons pour elle, un Maxence, sensible et droit, malheureux chez lui, qui devient son premier copain, un Benoît que tout fait rire et surtout un certain Gaïl, le petit copain d’Adélaïde, si sûr de lui mais qui ne voit que lui. Les adultes ne sont pas en reste : la psy avec qui Colin a un entretien au cours duquel elle ne lui laisse pas le temps d’en placer une… mais qui le comprend si bien ! …et enfin, et surtout, son professeur de théâtre, tellement pédagogue, tellement attentif à ses élèves qu’il choisit la pièce de Rostand parce qu’elle parle aux ados, qu’il distribue les rôles en fonction de ce qui se joue entre ses élèves pour qui il a une immense tendresse. 

Cette tendresse, on la sent dans la manière de jouer de Nicolas Devort. Chaque personnage est représenté par, une mimique, une intonation, un geste qui ne sont jamais caricaturaux. Nicolas Devort passe de l’un à l’autre magistralement et le public voit plusieurs personnages évoluer sur la scène. La mise en abyme renforce encore cette impression : le professeur dirige ses élèves dans  la scène du balcon de Cyrano. Il joue les élèves qui jouent la scène devant nous. 

Ce spectacle vaut par les questions qu’il soulève, celles de cette période troublée de l’adolescence, celle des handicaps dont on ne veut pas parler mais qui vous pourrissent la vie, celle des copains de classe moqueurs, facilement durs avec les faibles, celle des enseignants dont le rôle est si important dans la compréhension de ce qui se joue dans une classe. Et le théâtre est un moyen formidable d’apprendre. C’est ce que ce spectacle, très réussi dans l’écriture, la mise en scène et le jeu maîtrisé de Nicolas Devort, nous montre très bien. 

L’oeil de l’équipe

Pistes padagogiques

  • Le vivre ensemble, faire parler les élèves de leurs difficultés, de leur(s) handicap(s), évoquer les différentes façons d’aider les élèves. Cas des enfants autistes scolarisés et accompagnés en classe par des «AVS », cas des enfants malentendants ou/et malvoyants, etc. Profiter de ces échanges pour parler de ce qui se passe dans la classe, s’il y a des difficultés pour certains élèves. 
  • En français, l’étude du Cyrano de Rostand en cycle 4. S’entraîner à dire la « tirade du nez » et à la pasticher comme le fait Colin dans le spectacle. Travailler l’alexandrin, la prosodie, le « e » muet, les diérèses et les synérèses. 
  • Pour les élèves qui font du théâtre, s’exercer à interpréter plusieurs personnages typés à qui ils attribuent un geste, une manière de se tenir, une intonation. Essayer de regarder une captation de Philippe Caubère, par exemple : 
  • https://youtu.be/TXvTXxiuXkw (vidéo de Adieu Ferdinand) 

***

Dans la peau de Cyrano
De et avec Nicolas Devort

1h15 du 8 janvier au 17 mars 2019 à 20 h du mardi au samedi, dimanche à 17 h au Théâtre Lucernaire (Paris 6e)
Rencontre avec l’équipe artistique le vendredi 25 janvier 2019 à l’issue de la représentation

Les mardis en anglais

Direction artistique : Clotilde Daniault

Collaboration artistique : Stéphanie Marino et Sylvain Berdjane
Plus de 600 représentations à travers le monde. 

Ce site utilise des cookies pour assurer son bon fonctionnement et mesurer son audience. En utilisant ce site, vous acceptez l'utilisation de ces cookies.